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EA 7462

territoires, urbanisation, biodiversité, environnement
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Axes de recherche

1. Organisation et dynamiques des territoires

<< Présentation générale
>> Axe 2. Invention et gestion des patrimoines

Ce premier axe aborde la question des dynamiques territoriales à partir de l’observation des contextes que nous observons, mais aussi à partir d’un ensemble d’outils de lecture qui s’appuient sur la pluridisciplinarité de notre laboratoire. Nous traitons de la dimension écologie, mais aussi, dans une grande mesure, de la dimension urbanisme.

Dynamiques spatio-temporelles écologiques et sociales des milieux naturels, semi-naturels, anthropisés

L’équipe de recherche travaille depuis de nombreuses années sur les dynamiques spatiales et temporelles des milieux naturels et semi-naturels, continentaux et littoraux, en considérant plusieurs échelles d’approche : du paysage aux écosystèmes.

Sur une large échelle, la végétation structure le paysage, participe à la diversité biologique et conserve la mémoire des pratiques et des dynamiques passées. L’approche dynamique menée par le laboratoire intègre l’ensemble des végétations naturelles ou anthropiques dont l’étape ultime de la trajectoire illustre le concept de végétation potentielle naturelle. Le paysage est abordé par son aspect biophysique, tout en considérant l’ensemble des processus d’anthropisation qui le façonnent. L’objectif est double. Il s’agit d’abord de replacer le paysage dans ses évolutions, aussi bien passées que futures. Il s’agit aussi de mettre en œuvre des méthodes de caractérisation et de spatialisation de ces évolutions paysagères, en mobilisant l’approche de la phytosociologie paysagère, en développant des analyses synchroniques et diachroniques de cartes ou d’autres données spatiales anciennes (photos aériennes, cadastres…) et en définissant les indicateurs de ces changements. Notre intention est de tendre vers une modélisation des paysages, en nous fondant sur les dynamiques passées pour comprendre les paysages actuels et effectuer des simulations pour le futur. Les méthodes et outils développés concernent le paysage « objet » (le « support du paysage », le « paysage de référence », le « paysage naturel »...). Pour les milieux forestiers, l’évaluation des impacts réciproques de la structure du paysage et de la diversité biologique sera abordée au travers du prisme de la gestion forestière.

À une échelle plus parcellaire, de nombreuses études ont montré que la composition des communautés d’espèces (végétales et animales) pouvait évoluer sur des périodes de quelques décennies ou parfois moins, sous l’effet des dépôts atmosphériques, de perturbations anthropiques ou naturelles (incendies, tempêtes, pression des grands herbivores, impact de pathogènes ou d’espèces invasives…), des changements climatiques ou de variations à long terme de la fertilité des sites sous l’effet des activités humaines anciennes.

Les résultats seront utilisés pour modéliser l’évolution des territoires naturels, des agro-systèmes ou des territoires urbains à différentes échelles de temps et d’espace. En y intégrant des données sociologiques (entretiens, enquêtes), cette modélisation concerne l’évolution de l’occupation du sol et l’évolution des usages et des pratiques et de leurs interactions. Elle fait appel à des outils d’analyse spatiale et statistique (SIG, matrices de transition).

Une autre partie de notre recherche sera consacrée aux dynamiques écologiques et sociales des espaces naturels et semi-naturels. La place de la nature dans les espaces anthropisés étant le fruit des dynamiques des écosystèmes et des pratiques, notre questionnement de recherche porte sur l’analyse diachronique des interactions entre les dynamiques naturelles et les dynamiques sociales sur les milieux naturels, semi-naturels et urbanisés. Pour représenter cette analyse, les travaux de l’équipe concernant l’approche spatiale (SIG) et la modélisation des dynamiques spatiales et temporelles des territoires et de leurs usages, seront complétés par une analyse socio-économique (intégrant les aménités environnementales). Ce travail permettra à la fois de mieux connaître le fonctionnement des territoires et de fournir un outil de porter à connaissance pour l’aménagement. Les applications concernant la biodiversité concerneront les stratégies de création d’espaces protégés, la mise en place des trames vertes et bleues.

Cette modélisation permettra en outre de construire et de tester des indicateurs sur les services écosystémiques et les interactions hommes-nature, puis d’évaluer les effets des politiques publiques, des programmes de conservation et des mesures de gestion pour les patrimoines.

Une attention particulière sera accordée à l’évaluation et la prédiction des perturbations sur les territoires littoraux et estuaires liées aux impacts anthropiques directs ou indirects (gestion, invasions biologiques, changements globaux et leurs corollaires : augmentation du niveau des mers et des températures, modifications des aires de répartition des espèces). Plus précisément, l’équipe envisage de focaliser ses recherches sur le fonctionnement trophique des écosystèmes littoraux (marais salés, vasières, côtes rocheuses, estuaires) et sur la plasticité et l’adaptation locale des espèces le long de gradients latitudinaux au sein de ces écosystèmes.

Observation et interprétation de l’urbanisation profuse (des causes et des effets de la ville invisible)

Dans le contexte idéologique, doctrinal et politique actuel, dominé par l’inquiétude environnementale et l’aspiration à un développement durable, l’occupation et la pratique des territoires ont été souvent assimilées à un regrettable « étalement urbain ». Sans contester bien sûr des effets pernicieux (par exemple la consommation foncière abusive qui a caractérisé le siècle écoulé), la plupart des caractéristiques et conséquences néfastes qu’on lui prête peuvent être réexaminées dans une approche mieux équilibrée. C’est pourquoi nous entendons interroger les discours et les pratiques de l’urbanisation pour mieux en saisir à la fois les contradictions et les évolutions possibles. Les recherches futures envisageront d’une part d’analyser le « résistible retour de la ville dense », d’autre part d’observer la « ville invisible » comme un système urbain, historique, écologique, économique, social.

Malgré les engagements en faveur de la « ville dense », celle-ci rencontre de nombreux obstacles pour parvenir aux objectifs fixés. Si des résultats ont été obtenus sur l’utilisation du foncier, il n’en est pas de même pour d’autres caractéristiques comme les formes de la ville ou la localisation de certaines fonctions. C’est pourquoi nous voulons analyser les difficultés du renouvellement de la ville sur elle-même (formes, organisation, coût…), en nous appuyant sur les connaissances accumulées par notre laboratoire. En effet, nous avons porté depuis longtemps une attention particulière aux villes reconstruites. Le processus de reconstruction a constitué « un moment accéléré de l’histoire ». Il a permis d’une part de mesurer la connaissance et la maîtrise que les protagonistes pouvaient avoir des doctrines urbanistiques, d’autre part d’évaluer l’aptitude de ces doctrines à se matérialiser, puis de jauger leur efficacité. Cette connaissance particulière permet de mieux appréhender discours, théories et tentatives pour renforcer les espaces fortement urbanisés et d’en repérer les dispositions et les effets qui peuvent, comme hier, contrarier, voire inverser le projet initial.

C’est pourquoi nous devons parallèlement poursuivre nos travaux sur les trajectoires de résidence des urbains et des périurbains en nous référant tant à l’expression de la demande qu’aux conditions de l’offre. Ainsi, la maison individuelle, à la suite d’une radicale réorientation formelle, est aujourd’hui massivement porteuse d’une modernité architecturale et du respect des indicateurs environnementaux. Cette évolution a pris le pas sur le néo-régionalisme qui avait dominé la production durant quatre décennies, traduisant simultanément les transformations des critères de choix des ménages et des offres des producteurs. Bien qu’elle apparaisse radicalement innovante, la nouvelle orientation vient renforcer les résultats de nos recherches : elle met en exergue la place privilégiée du logement individuel dans le choix d’habiter ; elle entretient le cycle productif qui conduit de l’élaboration des prototypes à la série marchande.

Les conséquences pour le territoire sont considérables : elles participent à forger un système urbain, historique, écologique, économique, social que nous avons désigné comme une « ville invisible » que nous continuerons à examiner. Le plus souvent, l’état actuel de la croissance urbaine ne relève pas d’un « avachissement urbain » (urban sprawl), mais de l’application d’une doctrine venue des Lumières, qui a voulu universaliser l’aménagement et ses bienfaits en misant sur une « homéopathie » (d’ailleurs elle aussi théorisée au xviiie siècle). L’idée en est que les vertus de la ville demeurent actives, même dans une dilution extrême, ce qui permet d’occuper la quasi-totalité du territoire. Le phénomène ne se développe pas de façon universelle, mais est tributaire de la longue durée et des établissements humains ancestraux qui la jalonnent. Cette hypothèse que nous portons sera étudiée à partir d’une analyse systémique sur quelques thèmes habituellement abordés de manière séquentielle : les effets des recompositions territoriales, les stratégies (publiques et privées) de mobilité, les localisations d’activités, les nouvelles politiques environnementales. À cet égard, le cas de la Bretagne est exemplaire et fait l’objet d’une attention particulière de notre équipe, en raison de sa bonne connaissance des acteurs, mais aussi des enseignements plus généraux que nous pouvons en tirer.

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