030009

EA 7462

territoires, urbanisation, biodiversité, environnement
+33 (0)298 016 124

Axes de recherche

2. Invention et gestion des patrimoines

<< Présentation générale
<< Axe 1. Organisation et dynamiques des territoires
>> Axe transversal : Pratiques, usages, trajectoires et représentations

La notion de patrimoine est désormais unanimement établie à propos des espaces urbanisés comme à propos des espaces naturels et semi-naturels. Les travaux menés depuis la création de l’équipe ont permis d’analyser le poids accordé au patrimoine dans les dynamiques d’aménagement, ce qui se traduit par des actions de protection et de mise en valeur (notamment dans les espaces naturels et semi-naturels), mais aussi les conséquences de son absence (illustrées dans les villes reconstruites). Nos travaux ont permis de renforcer notre expertise sur l’inventaire des objets patrimoniaux et sur l’évaluation des politiques qui leur étaient consacrées.

Nous entendons aujourd’hui :
— d’une part, en confrontant nos expériences des espaces urbanisés et des espaces naturels et semi-naturels, nous préoccuper du processus et des techniques d’identification et de sélection (« l’invention patrimoniale »), des ressources théoriques qu’il mobilise tant dans les domaines bâtis et historiques que dans le domaine environnemental, mais aussi de ses effets sur les pratiques d’aménagement ;
— d’autre part, analyser l’élasticité de la notion de patrimoine, c’est-à-dire sa capacité d’actualisation, de modernisation, d’adaptation, qui pèse immanquablement sur sa gestion et sur celle des territoires.

Motifs et moyens de l’invention patrimoniale (de la construction des techniques d’évaluation et de recensement des patrimoines)

Les inventaires et les listes sont les outils les plus fréquents d’identification des patrimoines… Ils portent font à la fois la reconnaissance des critères, la désignation et la médiatisation des objets (quelle que soit leur nature). Ils sont les instruments privilégiés de l’invention patrimoniale.

Notre préoccupation porte justement sur la nature de ces techniques, sur leur précision et sur leurs objectifs. Ces interrogations nous mèneront tout d’abord à analyser les méthodes et les critères d’évaluation, puis à imaginer les moyens de renouveler l’approche classique de l’inventaire, en introduisant une perspective dynamique qui semble bien utile pour traiter, notamment, des écosystèmes.

Les techniques d’évaluation patrimoniale, si elles s’entendent sur des principes généraux, présentent une grande diversité d’applications, utilisant des items variables, tant en nature qu’en complexité. La diversité toujours plus grande des formes de patrimoines n’a fait qu’accentuer les disparités au fil du temps. Cette grande diversité de patrimoines sur nombre de territoires peut soulever des difficultés si leurs différentes formes sont mal identifiées et observées selon des principes mal ordonnés, puis sont mises en concurrence. C’est pourquoi nous souhaitons proposer une recherche focalisée sur le bilan des grandes catégories d’indicateurs d’évaluation classiquement retenus et des politiques de protection (environnementales, historiques…) qui les portent, et qui pourra proposer de nouveaux développements. Dans le domaine écologique, nous pourrons ainsi développer des indicateurs mesurant la qualité des habitats à partir d’observations multiscalaires des espèces et des stratégies. Nous continuerons à développer nos indicateurs sur l’évaluation de la qualité des habitats et nos réflexions sur le choix de critères pertinents à prendre en compte en intégrant de nouveaux descripteurs ou indicateurs ou portants sur la spécialisation ou la rareté multi-échelle des espèces, leur amplitude écologique ou encore leurs stratégies de dispersion ou d’alimentation. Nous nous attacherons par ailleurs à définir de nouveaux indicateurs de flexibilité (indicateurs de plasticité, potentiels évolutifs, indicateurs de résilience des assemblages d’espèces, potentiel de résilience et d’innovation des sociétés humaines) et à intégrer ces indicateurs de flexibilité ou de potentiels d’adaptations dans les scénarios de biodiversité.

Nous nous appuierons plus particulièrement sur les dispositifs présents sur le territoire breton et pour lesquels nous avons déjà travaillé, comme experts ou comme observateurs afin de vérifier les conditions de cohérence, mais aussi de mettre en évidence les situations de conflits. Les illustrations proviendront, par exemple, des expériences de réserves naturelles, de zones Natura 2000 et de sites classés, sur lesquels nous avons déjà réalisé des études et des publications. Nous pourrons aussi prolonger l’activité entreprise dans le cadre de l’observatoire du patrimoine maritime culturel (OPMC), qui a conduit à l’introduction d’un « patrimoine maritime » dont la présence et la nature doivent être vérifiées au-delà des zones ateliers jusqu’ici définies. Enfin, après avoir analysé le relèvement des villes détruites lors du second conflit mondial, notre laboratoire s’intéresse à la considération dont elles font l’objet depuis une décennie maintenant, et qui se traduit par une amorce de reconnaissance patrimoniale (UNESCO : Le Havre ; ZPPAUP/AVAP : Royan, Brest ; Villes d’Art et d’Histoire : Lorient, Caen...). Nous analyserons les tensions entre intentions, discours et pratiques, tant du point de vue des pouvoirs publics que des autres acteurs.

La gestion patrimoniale : quels objectifs rechercher ?  Quels moyens d’expertise proposer ?

La question de la gestion patrimoniale renvoie aux situations d’expertise régulièrement rencontrées par les chercheurs de notre laboratoire. Qu’il s’agisse des espaces urbanisés ou des espaces naturels et semi-naturels, certaines interrogations restent présentes qui concernent les objectifs poursuivis par la gestion (finalité de la gestion) mais aussi les capacités à construire des systèmes de mesure qui renseignent les écarts par rapport aux objectifs (évaluation de la gestion). Ces considérations se retrouvent aujourd’hui dans des secteurs très différents de la recherche. Elles n’en ont pas moins un intérêt crucial pour l’impact territorial de la gestion patrimoniale. C’est pourquoi il nous faut saisir et envisager des applications au travers des mécanismes de restauration, de conservation et de valorisation (touristique notamment) des objets patrimoniaux.

En effet, la restauration et la conservation impliquent de poser différents questionnements qui s’appliquent, quand il s’agit de milieux naturels, sur la dynamique des écosystèmes, les systèmes de référence et les processus mis en œuvre.

Le renforcement de notre laboratoire dans l’analyse des communautés animales et des relations sol/organisme donnera à nos travaux une approche complète des processus écologiques, dans les différentes échelles d’observation, des populations aux communautés, puis aux paysages. Nos recherches porteront à la fois sur la connaissance fondamentale des processus et sur la mise au point de méthodologies d’observation et d’indicateurs transférables vers les acteurs locaux. Le renforcement et la pérennisation des suivis existants sur plusieurs sites permettent d’envisager la mise en place d’un observatoire des processus de restauration, en y intégrant des données socio-économiques et les méthodes de génie écologique.

Un travail spécifique sera proposé pour les territoires sur lesquels on trouve des végétaux littoraux. En effet, les espèces inventoriées subissent de nombreux stress et ont développé les mécanismes d’adaptation. Ces plantes du littoral breton constituent une réserve encore méconnue et inexploitée de substances naturelles dont les propriétés pourraient s’avérer très utiles, tant pour une valorisation industrielle et commerciale (déjà présente dans le laboratoire) que pour l’élaboration de démarches de restauration écologique pour les sites touristiques, notamment.

Plus largement, les processus de mise en œuvre des actions de restauration et de gestion conservatoire, nécessitent de plus en plus d’analyser les processus décisionnels (cadre juridique, institutionnel, économique), les relations entre les acteurs (notamment entre gestionnaires et chercheurs). Cette connaissance pluridisciplinaire réclame des compétences spécifiques que notre laboratoire réunit. C’est une condition essentielle pour proposer des outils d’information et d’aide à la décision qui peuvent être proposés aux gestionnaires dans le cadre de notre recherche-action.

0 http://www.geoarchi.net/ajax